Posté par Guillaume Lhermite
Monsieur le Premier Ministre,
C’est avec beaucoup d’attention que j’ai écouté sur le site de l’Assemblée Nationale et en différé votre discours de politique générale du 8 Juin 2005. Je suis dirigeant d’une petite société de robotique située au sein de la Génopole d’Evry. Créée il y a 4 ans avec l’aide de l’ANVAR, cette petite société de deux personnes a vu croître de manière régulière son activité et emploie aujourd’hui 16 personnes.
En tant qu’Entrepreneur, je me définis plutôt comme un pragmatique, essayant de tirer le meilleur parti de deux mondes : l’un basé sur des savoir-faire établis (atelier de mécanique, électronique, informatique industrielle), l’autre tiré vers le haut grâce à une composante « innovation » faite de collaboration avec des groupes universitaires et des PME travaillant dans des domaines complémentaires aux nôtres (biologiste, médecins, pharmaciens, biotechs, etc…). Ma société bénéficie pour réaliser une partie de sa R&D d’aides provenant directement de la Commission Européenne (FP5 et FP6). Grâce à elles, nous avons pu embaucher cette année 3 personnes et mettre sur le marché deux produits supplémentaires. La vente de ces deux produits représente aujourd’hui 25% de notre chiffre d’affaire annuel.
Votre discours place l’emploi comme LA PRIORITE du gouvernement pour les mois à venir. Vous proposez en outre un certain nombre de dispositifs visant à combattre le chômage, et espérons-le, à même de restaurer la confiance. Vous demandez en outre le soutien de tous.
Pour ce qui nous concerne, vous pouvez compter sur nous dans la mesure de nos moyens. En particulier, une société comme la mienne aurait besoin – pour répondre aux demandes du marché - d’une douzaine de personnes supplémentaires, dont 8 au moins à très court terme : 4 postes diplômés (commercial, assurance qualité, chef d’atelier, finance), mais aussi ouvrier et techniciens. Nul doute que nous trouverons dans l’ensemble des dispositifs que vous proposez, mais aussi certainement dans ceux déjà existants, le moyen d’accélérer l’ouverture de ces postes supplémentaires. Puis du fait de l’accroissement d’activité réalisé, de pérenniser à long terme ces emplois.
Ceci étant dit le véritable frein aujourd’hui à notre développement – comme pour beaucoup d’autres sociétés innovantes et jeunes (cf. par exemple www.club-alfa.com) – est l’accès aux fonds d’investissement et aux prêts bancaires. Ceci conduit à une sous-capitalisation chronique – reconnue de tous les acteurs – qui empêche le développement de ces sociétés qui ne demandent pourtant qu’à croître en répondant à leur marché.
Comment gérer l’absence de fonds lorsque les nouveaux contrats qui arrivent, polarisent la moindre trésorerie disponible ? Comment envisager l’embauche de commerciaux internationaux lorsque le carnet de commande suffit déjà à vous asphyxier ? Comment répondre à votre banquier qui vous juge trop jeune, qui considère les contrats que vous signez trop importants pour vous ? et qui vous suggère de limiter un temps votre croissance pour vous permettre d’engranger un trésor de guerre, afin d’attaquer dans quelques années le marché dans de bonnes conditions ? Que répondre aux fonds d’investissements qui vous jugent déjà trop gros pour de l’amorçage – vous faites déjà du chiffre d’affaire, mon vieux… ou trop petit pour pouvoir pour vous accompagner par du capital « développement » ? Pire : que dire des fonds de capital risque qui vous répondent que votre projet n’est pas assez risqué : on nous reproche de vouloir créer des projets industriels et des emplois pérennes.
Aussi, les nouvelles dispositions que vous proposez sont utiles et seront elles aussi utilisées au mieux, comme l’ont été la mise en place du statut JEI (Janvier 2004) et celles de la loi Dutreil (Août 2003). Cependant, s’il existe déjà des dispositifs facilitant le financement des PME (couverture de risque en cas de prêt bancaire, avance remboursable pour le développement, couverture d’une partie du BFR, crédit d’impôt lié à l’investissement dans le capital des PME*), n’hésitez pas à organiser une campagne d’information sur le sujet auprès des PME, voire du grand public.
Si ces dispositions peuvent être élargies ou peuvent être réactivées, n’hésitez pas à le faire d’urgence. Je me tiens personnellement disposé, ainsi qu’un certain nombre d’autres entrepreneurs (Club-alfa, réseau entreprendre,…) à vous rencontrer pour en débattre, si vous le souhaitez.
Contacts : glhermite@biotom.net ; europe@club-alfa.com .
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